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Affaire Lepaon : la CGT ne sait vraiment plus où elle habite

oct 31 2014

Thèmes: Vie économique, Rémunération globale

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Sale affaire pour la CGT après les révélations du montant astronomique engagé pour « rénover » le « logement de fonction » de son secrétaire général, Thierry Lepaon. Un scandale qui atteint le cœur du pouvoir de la centrale de Montreuil, laquelle a bien du mal à convaincre du bien fondé de ces travaux.

Il faut dire que l’histoire est on ne peut plus embarrassante pour la CGT qui n’a contesté ni le devis, ni le montant des travaux pour 130 000 euros de remise à neuf de l’appartement destiné à Thierry Lepaon. Le problème (et non des moindres) est qu’il s’agit d’une location. Or, c'est bien la première fois qu'un locataire engage autant de travaux pour un appartement qui ne lui appartient même pas et les montants en jeu ne peuvent que choquer les adhérents du syndicat.

Il faut dire qu’il y a de quoi : 24 000 euros pour refaire le carrelage et la plomberie et presque 20 000 pour l’électricité. Mieux le syndicat a sorti le carnet de chèque, 40 000 euros là encore pour installer des volets roulants, du parquet flottant et rafraîchir les murs. Parmi les autres dépenses, notons encore un lot « mobilier et décoration » qui s’élève à 28 500 euros et comprend notamment l’installation d’une télévision dans chaque chambre, l’aménagement floral et du linge de maison. Ce qui commence à faire cher le « logement de fonction ». 

Pour se justifier, le trésorier de la CGT a bien essayé de trouver des arguments mais reconnaissons que ceux-ci ont bien du mal à convaincre. Dans son communiqué, la confédération explique qu’elle a « décidé de louer un appartement, proche du siège de la CGT, pour permettre au secrétaire général d'exercer son mandat et que « l'appartement a été remis à neuf avant son entrée dans les lieux ».

« Tout était à refaire », a d’ailleurs confié Éric Lafont, trésorier de la CGT. Sauf que, là encore le montant des travaux qui équivaut à près d’un million de francs avant le passage à l’euro, a vraiment de quoi surprendre car le logement se situe dans une résidence de standing qui semble loin à première vue d’être délabrée. Se pose surtout la question de savoir pourquoi la centrale de Montreuil a refait toute l’électricité ou la plomberie (qui, on le rappelle, est toujours à la charge du propriétaire). Lequel propriétaire doit se frotter les mains. L’alliance du capital et du travail en quelque sorte.

Autre argument avancé par le syndicat : « la confédération a décidé de louer un appartement, proche du siège de la CGT, pour permettre au secrétaire général d’exercer son mandat ». Rappelons toutefois que Vincennes, outre le fait d’être une banlieue chic, n’est pas si « proche » de Montreuil lorsque l’on connaît un tant soit peu la région parisienne.

En effet, si sur une carte les deux communes sont voisines, c’est un pur effet d’optique car par les transports en commun pour aller du bois de Vincennes à la porte de Montreuil, il faut marcher une bonne dizaine de minutes pour attraper le métro, changer à Nation avant d’arriver aux bureaux de la porte de Montreuil. Compter une bonne demi-heure. En voiture, ça peut être pire pour ceux qui connaissent les embouteillages car il faut prendre le périphérique. Aux heures de pointe. Reste le vélib’. 

En réalité, pour être le plus proche du siège de la CGT il y a le XXème arrondissement, Bagnolet et, bien sûr, Montreuil. Mais il est possible que l’on ne trouve guère de résidence de standing de ce type comme à Vincennes si l’on en croit les photos publiées dans les médias.

Autre sujet qui fâche : la surface du « logement de fonction ». Là aussi pour une personne seule, on est loin des standards prolétariens. Mais on est aussi loin des standards syndicaux si l’on en croit les les dirigeants des autres centrales, interrogés par le quotidien Libération (lire ici).

Dans Le Figaro, un autre dirigeant de centrale syndicale appuie là où ça fait mal. « Il est normal que le secrétaire général de la CGT ait un logement de fonction dans la capitale s'il vient de province et y a conservé son appartement, Mais là, c'est délirant. Le syndicat aurait dû lui louer, si sa famille n'habite pas avec lui et sans faire de travaux somptuaires, un studio ou un tout petit deux-pièces ». 

Enfin, dernier détail qui a été peu relevé mais qui est désastreux en termes de symbole, l’achat d'une cafetière Nespresso (avec les dosettes ?). Or Thierry Lepaon est un ancien de chez Moulinex. Visiblement, il ne devait pas apprécier le matériel qu’il fabriquait dans son ancienne maison. What else?             

Pendant ce temps, on ne peut que s’interroger sur la ligne de défense de l’entourage proche de Thierry Lepaon, laquelle ressemble un peu à un sauve qui peu pour empêcher toute contestation publique d’un quelconque responsable cégétiste, agitant l’épouvantail de la théorie du complot comme le démontre le communiqué qui semble tout droit sorti de l’époque de George Séguy. Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

Pas sûr toutefois que cela suffise à éteindre le scandale car durant toute la journée, à Paris comme en province, bien des cégétistes s’émouvaient des conditions de logement du secrétaire général. « Je ne vous dis pas le nombre de courriels que j’ai reçus », commentait  d’ailleurs un dirigeant fédéral, au journal Les Échos.

Car la déflagration est terrible, comme le remarque, amer, l’éditorialiste Jean-Marcel Bouguereau, pour qui « cette affaire jette une lumière crue sur le comportement des élites de ce pays et du fossé qui se creuse de plus entre ces mêmes élites et des Français en bute à la crise. À côté des riads de Marrakech et autres villas de luxe des époux Balkany, des factures de Bygmalion sur le dos des militants UMP, des comptes cachés de Cahuzac et des impôts impayés de Thomas Thevenoux, les 130 000 € de Thierry Lepaon pèsent moins lourd. Mais on pouvait penser que la CGT serait l'un des derniers bastions contre cet argent fou. Et bien, non ! Il a même frappé la CGT comme si ses métastases avaient gagné toute la société » (lire ici).   

Le mot de la fin sera pour Éric Laffont. Éric, le trésorier qui a payé rubis sur l’ongle, lequel à déclaré dans Le Monde que cette histoire « abîme toute la CGT et même le syndicalisme en général. Cela renforce l'impression du « tous pourris » auprès des Français ». Pas faux. Malheureusement pour ce trésorier cégétiste, l’explication ne se trouverait-elle pas dans le fait que l’on accepte de payer ce genre de facture sans que cela ne pose un cas de conscience ? C’est toujours comme ça quand l’on ne sait plus où l’on habite.

Mots-clés : Syndicalisme,

Entreprises : CGT,

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